La marguerite plus ne dure,
Quand l'automne, de ses doigts lourds,
Des mousses jaunit le velours
Et disperse au vent la verdure.

Même après l'adieu du soleil,
Seul, dans les jardins qu'il décore,
Le chrysanthème s'ouvre encore,
A mon coeur fidèle pareil.

Pour savoir à quel point je t'aime,
Effeuille, en rêvant, mon trésor,
Non la marguerite au coeur d'or,
Mais le coeur blanc du chrysanthème!

III

BOUTON DE ROSES

Sous les feuilles jaunes et dégouttantes de pluie d'un rosier sauvage, un bouton très pâle s'obstine, dont les pétales ne se développent que pour se recroqueviller aussitôt comme des oiseaux frileux qui replient leurs ailes dans l'air trop froid. Voilà plusieurs jours déjà que je le vois et plus d'une fois la tentation m'est venue de le cueillir pour vous l'apporter. Puis j'ai trouvé qu'il était bien peu digne de votre beauté triomphante, ce brin de fleur mourante, agonisant dans la mélancolie d'automne. Il vous eût bien dit pourtant qu'à vos pieds s'effeuillera ma dernière pensée et qu'une rose fleurit toujours pour vous dans le jardin dérobé de mes rêves, une rose immortelle dont la racine est au profond douloureux de mon coeur.

Quelque chose de fraternel pleure en moi sur ce désespéré des floraisons défaillantes, venu trop tard pour la gloire des épanouissements et pareil à l'amour tardif qui compte moins les bonheurs à venir que l'inutile trésor des bonheurs perdus!

IV

OEILLETS ROUGES

L'oeillet d'automne est sans parfums.
Sous l'orgueil de ses pourpres vaines,
Il semble porter dans ses veines
Le sang glacé des coeurs défunts.