Fleur sans parfum, âme sans rêves!
Oiseaux sans ailes, toutes deux,
Dont jamais les vols hasardeux
Pour les cieux n'ont quitté les grèves.
Malgré ses velours éclatants
Dont ton regard charmé s'étonne,
Ne cueille pas l'oeillet d'automne,
Toi dont le coeur est tout printemps!
Toi dont l'être est tout envolée
Vers les firmaments apaisés,
Où monte l'odeur des baisers
A l'odeur des roses mêlée.
Si c'est du rouge que tu veux
Pour éclairer leur ombre, imprègne
De mon sang la fleur que ton peigne
Tient mourante dans tes cheveux,
Et par les souffles embaumée
Autour de ton être flottants,
Toi dont la grâce est tout printemps.
Vivant Avril, ma bien-aimée!
L'oeillet d'automne est sans parfums.
Sous l'orgueil de ses pourpres vaines,
Il semble porter dans ses veines
Le sang glacé des coeurs défunts.
[Illustration]
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SUPER FLUMINA
J'ai gardé certaines habitudes dominicales de mon enfance, et c'est comme malgré moi que, tous les huit jours, un accès de paresse qu'aucune fatigue n'excuse me pousse vers quelque promenade sans but, vers quelque flânerie à l'aventure, dans la campagne où meurt le tintement des cloches lointaines, à l'heure où les derniers fidèles franchissent les porches des églises avec une fade odeur d'encens dans leurs habits. Ce sont mes vespres que je dis ainsi en pleine nature, égrenant sur ma route le chapelet des souvenirs, fervents de tous les cultes oubliés, lévite de toutes les religions méprisées, suprême croyant de toutes les croyances déchues.