L'heure du Berger avait emmené plus loin encore son troupeau.

Oh! ce que cette heure me parut composée de soixante siècles, tous glorieusement chargés d'historiques événements! Il me parut que Salomon, Charlemagne et Louis XIV auraient pu y trouver la place de leurs longs et mémorables règnes! Les secondes s'allongeaient interminables. Je les traînai jusqu'au bord de la Garonne qui courait, sous son pont à dos d'âne, dans un scintillement d'or, entre les quais d'où montaient des chansons attardées, vers les dômes jumeaux de la Daurade et de la Dalbade, païennement assises au bord du fleuve. A onze heures moins dix seulement, je quittai cette contemplation véhémente des écumes venant émousser d'argent les plus basses pierres des piles. Onze heures, enfin! Je touchais la porte de Pasie, quand un animal se jeta à travers moi.—Idiot!—Crétin! Nous nous étions déjà reconnus, au seul timbre de nos voix, je l'espère. Cet animal, c'était Peyrolade.

—Alors, tu me mouchardes?

—Alors, tu entends m'empêcher d'aller à mes affaires?

—Tant pis pour toi. Eh bien! je vais chez Pasie qui m'attend. Ouf!

—Moi aussi, fit Peyrolade, lis, plutôt....

Et il me tendit un chiffon de papier dont je reconnus immédiatement l'écriture. C'était aussi un rendez-vous de Pasie, mais pour dix heures, celui-là.

—Et je suis en retard d'une heure, continua Peyrolade, parce qu'un bougre m'a triché à la manille. Donc, bonsoir!

J'étais abasourdi.