III

Ah! le cœur. Ce cœur dont vous parlez tant; ce cœur qu’il vous faut, pour l’amour vrai que vous souhaitez, mais il est fait de ces tortures que vous repoussez par un souci impie de votre tranquillité. Il est fait de ces terreurs et de ces désespoirs devant l’irrémédiable néant humain, mais aussi du courage joyeux dont on les savoure et dont on les brave. Il est fait des battements dont l’approche du bien-aimé ou de l’amante emplit notre poitrine, et le sang qui le soulève, en rythmes tumultueux, est celui dont nous voudrions rougir les pieds divins de la Beauté.

Ceux-là ont aimé vraiment qui ont aimé ainsi, dans le rêve d’une mort très douce parce qu’elle réchauffait, pour ainsi parler, une autre vie et que le dernier souffle en était bu par des lèvres adorées. Si vous n’avez été jaloux de ce qui meurt pour celle que vous aimez, vous ignorez de quels désirs éperdus, monstrueux et fous, est fait le véritable amour, celui sous lequel la splendeur plastique nous écrase, envieux de l’insecte qu’un pied de femme foule dans le sable!

Les sens! vous appelez cela: les sens! Mais trouvez-moi donc d’autres moyens de vivre, c’est-à-dire d’aimer, que par et pour eux! Nous sommes en cela dupes de la grossièreté des méthodes qui ne nous en reconnaissent que cinq, quand tout prouve aujourd’hui que nous en possédons une infinité d’absolument subtils, défiant le temps et l’espace. C’est de ceux-là que s’entretiennent, sans doute, les mouvements de notre cœur. Car il est une certaine immatérialité de la matière indéniable maintenant. Mais demeurons dans le domaine de la philosophie pure, celle que nous enseignent l’exemple des autres hommes et nos propres tourments. Vous abaissez l’amour, Madame, en croyant le grandir par je ne sais quels soucis d’estime et de moralité. Il est fort au-dessus de nos honnêtetés humaines et est cependant susceptible d’une honnêteté supérieure à toutes les autres: celle par laquelle on se donne tout entier et sans rien retenir de soi-même. Sa grandeur réside dans l’absolu de cet abandon, dans cette abnégation sublime de tous les intérêts, dans cette immolation sans merci. Ce fut la loi des plus glorieux amants et ce sera celle de tous les amants à venir dignes de ce nom. Mais n’en cherchez pas ailleurs la sanction que dans le pouvoir infini de la Beauté, source de toutes les joies, absolution de tous les crimes, culte éternel de toutes les grandes âmes!

IV

Le jeu dangereux

I