Si vous n’avez pas aimé vraiment, de toute la ferveur de votre cœur, vous êtes de simples drôles de vous être jetés à travers l’honneur d’un gentilhomme. Il faut même que la femme que vous avez choisie soit digne de ce magnifique holocauste si vous voulez que je vous absolve et même que je vous loue. Mais fût-elle la dernière des dernières, que votre devoir n’en resterait pas moins absolu, celui de nier, non pas seulement devant le mari, mais devant le monde tout entier, si le monde avait l’impertinence de se mêler de vos affaires. Ah! vous voulez un point absolu de morale? eh bien, je vais vous le fournir. Un homme d’honneur, en quelque circonstance que ce soit, ne convient jamais des faveurs qui lui furent accordées, celles-ci vinssent-elles même d’une créature banale à qui le droit reste toujours de vous avoir personnellement dédaigné, rendît-elle tout le reste de l’univers heureux. Ce sont choses dont un homme de quelque délicatesse ne se vante jamais, s’agît-il d’une fille. Les lèvres qui le racontent ne sont pas dignes du baiser. Le secret des caresses données et reçues doit demeurer au plus profond des pudeurs de l’âme. Le mensonge à la maîtresse qui aime encore, le parjure au mari qui interroge, le silence à la foule qui espionne: voilà le devoir triplement et nettement formulé. Vous me direz que la vérité n’y trouve guère son compte. Qu’importe si l’Amour, qui est l’unique Vérité, l’unique Lumière et l’unique Joie, y trouve le sien!

VIII

Ce qu’est la femme pour qui
l’aime vraiment

I

Il paraît que, de mes humbles écrits sur l’Amour, se dégage un mépris absolu de la Femme. C’est, au moins, l’opinion d’une Dame qui ne me l’envoie pas dire, mais charge la poste de m’en informer. Comme compliment de Jour de l’An c’est médiocre. Je ne connais pas la donataire de ce généreux aphorisme, mais ce me serait un grand désespoir d’apprendre qu’elle est un miracle de Jeunesse et de Beauté. Quant à sa perspicacité j’ai, sur elle, mon opinion faite. Elle n’entend rien à ce qu’elle dit.

Suis-je assez pusillanime! Je fus si troublé, au premier abord, pour ne pas dire douloureusement surpris de cette opinion sur mon compte, que je descendis, sincèrement, résolument, au fond de ma conscience. Mais je n’y rencontrai qu’une protestation indignée contre ce singulier jugement, et je me demande encore comment je l’ai pu encourir.