Il ne ressemble pas aux généraux allemands, qui, eux, ont non seulement copié strictement la tactique de Napoléon, mais aussi ses procédés impitoyables. «—Sire, Sire, disait le général Junot à l'Empereur, il est absolument impossible de s'emparer de cette batterie autrichienne: un feu d'enfer balaie tous les hommes.—Avancez! répondait Napoléon.—Chaque régiment qui avance est un régiment perdu.—Avancez!» répétait Napoléon.
Il importe de ne pas confondre le peuple allemand avec ceux qui le dirigent aujourd'hui politiquement et militairement. L'allemand est un peuple doué de solides vertus: il est courageux, intelligent, opiniâtre, laborieux, idéaliste. Mais, comme tous les idéalistes, il manque d'esprit critique et c'est pourquoi il obéit facilement à tout ce qu'on lui suggère. Sa race lui est montée au cerveau et c'est ce qui lui a fait dire et commettre un assez beau nombre de sottises. Néanmoins, tout le monde s'accorde à reconnaître ses hautes qualités. Mais ces qualités ont une tache, la jalousie des Anglais: jalousie de parents, qui se dissipera bientôt.
Aussi est-il intolérable, extrêmement pénible, d'entendre M. Maurice Barrès appeler les Allemands «sale race». Tous les hommes de bon sens en France ont réprouvé ce langage, et la Presse, la première.
Pourtant le docteur Labat lui a donné l'appui d'arguments médicaux. Il dit que l'instinct de vie (encore, l'instinct de vie!) justifie de pareilles injures, qu'il a pris l'avis des blessés de son hôpital et qu'ils sont unanimes à donner raison à M. Barrès et à reconnaître que lorsqu'on porte un coup de baïonnette en s'écriant: «Tiens cochon! Crève, sale bête!», la baïonnette fait quelques pouces de plus dans le corps de l'ennemi.
Je confesse que des raisons chirurgicales de cette sorte ne m'ont point convaincu. Ma pensée vole vers cette mémorable bataille de Fontenoy, où le général français se découvre et crie en s'approchant de l'ennemi: «Messieurs les Anglais, tirez les premiers!» Aujourd'hui ce mot peut paraître don-quichottesque; mais entre le «tirez les premiers» du général et le «crève, sale bête!» de M. Barrès, je n'hésite pas à préférer le premier. On peut être sûr que celui qui dit «tirez les premiers» ne tournera jamais le dos à l'ennemi; quant à l'autre, on n'en peut rien assurer.
Quels vilains temps que ceux où nous sommes! C'est dans les vôtres, nobles hommes, que j'eusse aimé vivre et non point en ceux, sans honneur, où l'on conseille aux soldats de se salir les lèvres pour se donner du cœur et où l'on commande aux officiers de fusiller les femmes et de jeter des bombes la nuit sur des berceaux d'enfants.
MÉDITATION SUR LE CONFLIT
Ni les gaz asphyxiants que dégagent les tranchées allemandes, ni la rhétorique, plus asphyxiante encore, dont les Germains et les germanophiles se servent pour exalter leur morale, n'arriveront à étouffer la vérité rebelle.