Les Alliés de 1813 réussirent enfin à serrer le cercle et obligèrent Bonaparte à livrer la bataille de Leipzig. Il y fut défait, et c'est miracle qu'il ait pu sauver son armée et porter en France le théâtre des opérations. Les Alliés d'aujourd'hui obtiendront-ils de réduire le cercle allemand et forceront-ils l'ennemi à accepter la bataille avec des forces inférieures aux leurs? C'est le secret de l'avenir. L'Angleterre l'a prévu, et elle déploie aujourd'hui contre l'Allemagne le même plan, le même système dont elle s'est servi obstinément pour abattre Napoléon.
Si, contre toute vraisemblance, les Allemands venaient à vaincre, les Français auraient alors tout à la fois la satisfaction et la peine d'avoir été battus par le chef même à qui ils doivent leur plus grande gloire militaire.
LES SOCIALISTES FRANÇAIS
Il n'y a pas d'homme avec le cœur en place qui ne se soit quelquefois senti socialiste. Il suffit de descendre dans une mine, de rencontrer à la porte d'un théâtre quelque mendiant transi de froid et de faim, pour qu'entre en branle la corde de nos raisonnements habituels et que nous nous rendions compte que nous sommes tous un peu fourbes et que nous marchons sur un terrain mouvant.
Et il y a pourtant des individus qui, au seul mot de «socialisme» prennent l'air navré, se grattent la tête et lancent d'odieux sons gutturaux; quelques-uns versent des larmes abondantes. Des bombes éclatent semant l'extermination, des mains noires qui fouillent leurs archives, d'autres mains, plus noires encore, qui forcent leur tiroir, des imprécations, des blasphèmes: tout cela se lève devant eux en une vision terrifiante.
Il n'y a pas de quoi. Comme le mot l'indique, le socialisme ne signifie rien d'autre au fond que désir et résolution d'organiser la société d'une façon plus juste. Ce désir et cette résolution sont parfaitement légitimes. A moins que nous ne nous imaginions que la société ait atteint la perfection.
Mais si ce désir est mêlé de haine, tout faiblit et tombe. La haine est le dissolvant le plus efficace qui soit au monde. Dès que ce dieu infernal fait son apparition, tout change d'aspect et s'assombrit. Et c'est malheureusement en compagnie d'une divinité si funeste que le socialisme a paru de nos jours.
Un leader du socialisme espagnol que je rencontrai dans une fonda, il y a quelques années, me disait: «Détrompez-vous. Cette affaire se résoudra comme elles se résolvent toutes ici-bas, par la force. Je lui répondis: «Mon cher, je crains que vous ne soyez dans l'erreur. Cette affaire comme toutes celles d'ici-bas, se résoudra par l'amour.»