—Et vous aurez raison, lui répondis-je. Un pareil instant suffit à ennoblir toute une vie.
Une autre fois, dans une reconnaissance, un soldat de la patrouille tombe blessé. Un de ses camarades se précipite à son secours et essaie de s'en charger pour le transporter à l'ambulance.
—Ne t'occupe pas de moi, dit le blessé. Je suis perdu. Je vais seulement te demander une chose. Je suis prêtre et je te prie instamment, à la première occasion, de recevoir pour moi la communion. Je n'aurai pas le temps d'avoir la consolation de recevoir mon Dieu.
Le camarade, confus, honteux, garde le silence un instant. C'était un garçon riche, dissipé et qui depuis des années s'était tenu loin de la religion. Il dit enfin:
—Je ne me suis pas confessé depuis mon enfance, mais je ferai ce que tu me demandes. Dieu m'a touché par ce que tu viens de me dire. Dans une minute une balle me tuera peut-être moi aussi. Tu es prêtre, confesse-moi.
Il fit ainsi l'aveu de ses fautes et son camarade moribond lui donna l'absolution.
Quel tableau! On le dirait tiré de La légende dorée et tracé sur un de ces manuscrits du moyen âge qu'illustrait la main pieuse des moines.
Ah, défaisons-nous des préventions injustes! Ne nous flattons plus tant, nous Espagnols, d'être seuls religieux; ne critiquons pas trop le voisin. Demandons plutôt au Ciel que quand viendra pour nous le jour de la grande épreuve, nous sachions nous aussi montrer la même foi et le même courage que la France.