C’est alors que je commençai à prêter quelque complaisance à la petite bête qui me trottait dans le cerveau.

Cela avait une voix menue qui me murmurait sans relâche :

— S’évader ? mais rien de plus simple… Est-il déshonorant de s’évader quand on a été emprisonné par erreur… Les barreaux ? ils ne sont jamais bien solides à la prison préventive… de simples épouvantails, tout au plus… Ce premier pas franchi, se laisser glisser en bas ? Rien… un jeu d’enfant pour un homme de sport… Ah ! ça ne serait certes pas un tour de force héroïque à la Monte-Cristo.

Mais j’entends une grosse voix couvrir ici le petit cri tentateur qui m’obsédait de plus en plus.

Cette voix est la vôtre, lecteur… Elle proteste, elle se récrie avec véhémence :

— A d’autres !… on ne s’évade pas ainsi des prisons modernes… D’abord, pour se ménager une issue, il faut des outils… Or vous n’aviez pas d’outils, monsieur… on vous avait fouillé, vous nous l’avez dit vous-même.

— Oui, cher lecteur, on m’avait fouillé… et cependant j’avais sur moi un petit attirail d’évasion.

Je ne pensais certes pas avoir jamais à me servir d’une lime pour scier les barreaux d’une geôle ni d’une corde solide pour me soustraire à la justice de mon pays.

Non, cette éventualité-là, je ne l’avais pas envisagée…

Mais on ne sait jamais ce qui peut arriver dans le métier de détective.