Tout est possible ; on vient d’en avoir la preuve.

Je pouvais un jour ou l’autre être séquestré, mis au secret par des malfaiteurs, des jaloux, que sais-je ?

Et en prévision de cela j’avais toujours sur moi une de ces petites scies dont la description a été faite maintes fois : un ressort de montre finement dentelé dont les morsures sont funestes aux barreaux des fenêtres, un vrai joujou qui ne tient pas plus de place qu’un cure-dent et que je conservais toujours avec une petite pièce d’or, dans la doublure de mon gilet.

J’avais aussi mon grand pardessus beige dont je ne me sépare jamais, quelque temps qu’il fasse et l’on a vu les services que cet overcoat m’avait déjà rendus en me permettant, grâce à sa doublure, de me livrer aux plus rapides transformations.

Cette doublure avait aussi un autre avantage : elle recelait, outre quelques menus objets que je tenais à sauver des curiosités indiscrètes, une longue corde de soie aussi solide qu’un câble, grâce à la qualité de la soie employée et au procédé de tissage.

Cette corde, à peine grosse comme un chalumeau d’avoine, et que je pouvais grossir en la doublant ou en la triplant, faisait plusieurs fois le tour de mon pardessus dans la couture des bords inférieurs où l’épaisseur normale du vêtement rendait sa présence invisible.

Il faut être prévoyant quand on est détective et l’on voit que j’avais plus d’un tour dans mon sac… ou plutôt dans mon pardessus.

L’électricité brilla tout à coup au plafond de ma cellule qui était des mieux aménagées. Outre la lumière électrique, elle comportait un lavabo complet avec jet d’eau froide et d’eau chaude, une table à écrire pourvue d’un menu matériel de bureau, deux sièges dont un fauteuil en bambou et une crédence où voisinaient, avec des commentaires de la Bible, quelques livres de voyage et d’histoire.

Le lit, très simple, monté sur un sommier métallique avait cet aspect d’élégance sobre que donnent l’extrême propreté et le luisant du cuivre soigneusement entretenu.

C’était en réalité un « home » confortable où il faisait bon vivre et je compris fort bien que de pauvres diables préférassent cette hospitalité à l’abri précaire des garnis borgnes et des logis de rencontre.