XIII
L’ALIBI

Mon intention formelle était d’aller sur l’heure trouver M. Crawford et d’éclaircir, sans plus tarder, le mystère des pièces d’or.

Je savais que je le rencontrerais sûrement chez lui, puisqu’il ne découchait jamais.

D’autre part, il était urgent que cette question fût tirée au clair… Mon évasion n’avait pas d’autre but et je devais me constituer prisonnier, dès le réveil, afin de ne pas aggraver mon cas.

Il y allait de la réussite de l’affaire, du moins en ce qui me concernait.

En revanche, réveiller un homme fort jaloux de son repos à une heure du matin, c’était une façon de procéder un peu sans gêne.

J’aurais hésité en toute autre circonstance à commettre une semblable incorrection, ou plutôt je n’eusse même pas envisagé l’éventualité d’une telle tentative.

Mais le moment était grave… et puis, somme toute, plus je me représentais la conduite de M. Crawford, plus je la trouvais de nature à excuser ma façon d’agir.

— Comment ! cet homme m’avait vu appréhender à ses côtés et n’avait même pas eu un geste en ma faveur !

Il était peut-être le premier à ignorer qu’il fût la cause indirecte de ma mésaventure… soit ; mais au moins on s’informe… on ne laisse pas comme cela « coffrer » ses amis.