De cette façon, Slang n’aurait pas lieu de s’alarmer et, le lendemain, l’agent chargé de le mettre en état d’arrestation le trouverait à son gîte.
Il eût été stupide, en effet, de compromettre par une imprudence l’issue d’une affaire déjà passablement embrouillée.
Slang avait beau être une brute, il comprendrait fort bien qu’une visite aussi tardive faite à son maître par un homme qui s’occupait de police devait avoir quelque rapport avec l’affaire de Green-Park, et il n’attendrait sans doute pas que mon entrevue avec M. Crawford eût pris fin pour se soustraire à un interrogatoire.
Puisque je tenais le gredin dans une souricière où il semblait d’ailleurs fort tranquille, je ne devais pas éveiller ses soupçons…
Mon parti fut vite pris.
J’entrerais dans la villa par escalade.
Revenant alors auprès de Frog, je lui dis à voix basse :
— Écoute-moi bien… J’ai affaire dans cette maison, mais il faut que j’y entre sans qu’on m’aperçoive… Je vais escalader ce mur qui n’est d’ailleurs pas très élevé… Dès que j’aurai mis le pied dans le parc, surveille bien les fenêtres de ce petit bâtiment que tu aperçois sur la droite… c’est là que logent les domestiques… Si tu voyais une lumière briller soudain dans ce pavillon, ou si tu entendais un bruit de pas, donne aussitôt deux coups de sifflet.
— Compris, monsieur Dickson… mais si vous étiez par malheur en danger, faudrait-il aller vous porter secours ?
— Je n’ai rien à redouter… car je suis connu dans cette maison et dans le cas où je serais surpris, je trouverais toujours une raison pour expliquer ma présence… Ce que je désire avant tout, c’est que les domestiques qui font des rondes chaque nuit ne me surprennent pas dans les escaliers.