Stupéfaction !… dans le lit, à la place du corps, il n’y avait qu’un long traversin entouré d’une étoffe blanche !!!
Cette tête et ce buste ne tenaient à rien ! Un lambeau de chemise flasque se prolongeait jusqu’à l’endroit où aurait dû se trouver le milieu du tronc… et sous cette loque… rien… rien que de la plume !
D’un mouvement machinal, je posai ma main sur le masque livide de M. Crawford.
Ce que j’éprouvai à ce contact, je ne l’avais jamais ressenti… c’était quelque chose de frigide, sans doute, mais encore de non-vivant, d’irréel… quelque chose qui n’aurait jamais vécu !
Où je comptais rencontrer la résistance de la chair, je trouvais la légèreté d’une balle remplie de son… Ce haut de corps tronçonné cédait à la poussée du doigt, oscillait, roulait sur le parquet où il tombait en rendant le son mat d’une tête de poupée…
Je me baissai sur la chose inerte qui venait de choir et je saisis le chiffon de toile qui y était attaché.
C’était bien une tête de poupée que j’avais en main : une figure de cire à la ressemblance parfaite de M. Crawford !
Et, subitement, ce fut dans mon esprit comme si un voile se déchirait.
La conduite incompréhensible du soi-disant millionnaire, ses allures étranges, ses réticences… la présence dans ses poches de l’argent volé, les allées et venues de son automobile sur la route de Green-Park, tout s’expliquait maintenant !
Qu’était cet individu en somme ? et d’où tirait-il les ressources considérables qu’on lui attribuait ?