— A l’instant même, monsieur Allan Dickson, à l’instant même…
— Non, si vous le permettez, monsieur le chief-inspector… ce soir seulement… Je vous dirai pourquoi après… ou plutôt vous le comprendrez vous-même… Voulez-vous me laisser la conduite de cette affaire que j’ai menée jusqu’à ce jour ?
— Faites…
— En ce cas, je vous demanderai deux inspecteurs expérimentés, déterminés et de taille à soutenir une lutte, s’il y a lieu… J’emmènerai ces messieurs à Broad-West… le reste me regarde.
— Vous aurez vos deux inspecteurs, monsieur Dickson, mais prenez garde… vous pouvez vous tromper… Songez aux terribles conséquences, que pourrait entraîner une arrestation arbitraire… surtout l’arrestation de M. Gilbert Crawford !…
— Est-il nécessaire, monsieur le chief-inspector, de vous rappeler mes précédents états de service et de vous remettre en mémoire les différentes affaires qui m’ont valu du lord-chief des félicitations et des témoignages de sympathie ? N’est-ce pas moi qui ai élucidé l’affaire si embrouillée de la Tortue rouge, le meurtre mystérieux du banquier Pound, le drame de Wimblester-House, n’est-ce pas moi encore qui…
Le chief-inspector m’arrêta, d’un geste :
— Je sais… je sais… dit-il… que vous avez toujours fait preuve de tact et d’habileté… mais il faut y prendre garde, monsieur Allan Dickson… notre métier est dangereux… on réussit dix affaires et un beau jour on commet une « gaffe » impardonnable qui rejaillit sur la police tout entière…
— Si je parle avec tant d’assurance, monsieur, c’est que j’ai fait une enquête minutieuse et que je tiens en main le fil de l’affaire de Green-Park… J’ai des preuves… des preuves palpables… et quand je vous dis : M. Crawford est l’assassin de M. Ugo Chancer, c’est que j’en suis sûr… c’est que j’ai vu chez lui les titres volés et les pièces d’or poinçonnées d’une étoile…
— Cela suffit, monsieur Dickson, j’ai confiance en votre flair… cependant… j’avoue ne pas très bien comprendre pourquoi vous vous êtes fait arrêter au Pacific Club…