Or un homme du monde ne porte jamais de chaussures ressemelées ![2]
[2] Dans les pays à change élevé.
Mon assassin n’était donc pas un fashionable.
Il avait sans doute dérobé cette paire de bottines et l’avait fait réparer pour en prolonger l’usage.
Cette solution me satisfaisait provisoirement, mais une autre aussitôt se présenta à mon esprit : le meurtrier pouvait très bien aussi être un domestique à qui son maître, comme c’est l’usage, donnait ses vieux effets.
Et je m’arrêtai à cette idée avec plus de complaisance.
Je ne sais pourquoi les domestiques me paraissent a priori suspects. Leur connaissance des lieux et des habitudes de ceux qu’ils servent les mettent toujours dans une situation particulièrement avantageuse, s’ils sont malintentionnés. Il y a plus : ils forment entre eux une redoutable franc-maçonnerie qui tend, de jour en jour, à se transformer en syndicats actifs. Ils n’ignorent rien de ce qui se passe chez leurs maîtres respectifs et en admettant qu’il ne se trouve qu’un valet malhonnête sur mille, celui-là aura sous la main, en ses neuf cent quatre-vingt-dix-neuf camarades, autant d’indicateurs bénévoles qui lui faciliteront le coup à faire et cela le plus innocemment du monde.
Tout en conjecturant de la sorte, j’interrogeais soigneusement le sol autour de la trace que je venais de découvrir.
Des éraflures toutes récentes se voyaient encore sur le crépi du mur.
C’était par là, à n’en pas douter, que l’assassin avait pénétré dans le parc et l’empreinte si profondément marquée de son pied en ce seul endroit indiquait assez clairement qu’il avait pesé là de tout son poids, en sautant à terre.