J’allais contourner le parc pour m’assurer que le gredin n’avait pas pris la route de Somerset, lorsque je remarquai la trace des pneus d’une automobile dont les nervures avaient laissé sur le sol un petit quadrillé bien reconnaissable.

— Parbleu ! m’écriai-je, cet assassin est décidément tout à fait upper[3] ; les malandrins d’aujourd’hui voyagent en auto… c’est le progrès.

[3] Dernier cri.

Et je me mis à suivre les lignes intermittentes que les roues caoutchoutées avaient imprimées sur la route.

Tout à coup je me tapai sur la cuisse d’un mouvement rageur :

— Fallait-il que je fusse distrait !… Ces marques… mais c’était nous qui venions de les faire en nous rendant au cottage dans la limousine de M. Crawford… Il n’y avait pas, grâce à Dieu, de témoin de ma bévue et je me félicitai in petto de la bonne inspiration qu’avait eue le millionnaire en restant à la maison.

Néanmoins, j’étais mécontent de moi et je marchais la tête basse comme un pointer qui se sent pris en faute. Cette position m’engageait tout naturellement à suivre la quadruple trace des pneumatiques qui serpentait sous mes yeux, se contrariant, se croisant en courbes ondulées. Les empreintes étaient par endroits très nettes : au milieu les deux lignes parallèles et lisses imprimées par les pneus d’avant et, débordant celles-ci de part et d’autre, la double empreinte plus large et quadrillée des roues arrière.

Pourtant un doute naquit subitement en mon esprit toujours en éveil.

N’y avait-il là que les traces d’une seule voiture ?

Bientôt ce doute devint présomption et cette présomption se changea en certitude.