Mais, pour être mathématique, cette conclusion, par son invraisemblance même, ne me satisfaisait pas encore.
Je vins demander un éclaircissement à la voiture elle-même qui stationnait près de la grille du cottage, à l’entrée de l’avenue de tilleuls.
J’aime mieux parfois converser avec les choses qu’avec les hommes : elles sont plus précises, absolument sincères et à l’abri de tout soupçon de partialité. Or, la consultation de la limousine me confirma dans mes déductions. Je retrouvai sur les pneus d’avant l’estampille rectangulaire au nom de « Beeston », et, à côté, le petit attribut qui était la marque du fabricant.
Restait à envisager l’hypothèse de deux voitures montées sur des caoutchoucs de même marque qui se seraient succédé sur la route de Green-Park.
J’avoue que je ne m’y arrêtai guère, bien que cela eût pleinement satisfait ma raison.
L’expérience m’a démontré que l’absolue ressemblance n’existe pas, non plus que ces sortes de coïncidences dont les romanciers tirent souvent leurs plus jolis effets : or, on sait que je ne suis pas romancier.
J’ai dit que la limousine de M. Crawford était pourvue de pneumatiques de fabrication américaine.
L’usage de ces pneus est fort rare en Australie où l’on s’adresse de préférence à l’industrie anglaise.
La découverte d’un détail vint d’ailleurs me tirer d’incertitude et justifier amplement l’excellence de ma méthode.
Sur l’une des roues d’avant, la droite, le caoutchouc mordu depuis peu par un éclat de verre se soulevait légèrement et présentait, outre une solution de continuité très apparente, une inégalité assez sensible pour laisser une empreinte moulée en creux dans la poussière.