Cette empreinte, j’arrivais, maintenant que j’étais averti, à la reconstituer de trois en trois pas, parmi les légers sillages imprimés sur la route.
Dans les tout récents, ceux du jour même, le creux était aisément reconnaissable, mais je retrouvais les stigmates de la blessure révélatrice, quoique plus atténués — probablement parce que l’entaille était à ce moment moins profonde — dans les anciennes traces, et cela très régulièrement, toujours de trois en trois pas.
L’identification était acquise.
La même voiture automobile s’était rendue chez M. Chancer à deux reprises différentes et cette voiture était bien celle de M. Crawford.
Plusieurs versions se présentaient alors à mon choix : ou mon honorable ami était venu rendre visite à M. Chancer — ce qui était absurde — ou des gens sans aveu avaient soudoyé son personnel pour se faire prêter la voiture, ou bien encore un des domestiques du millionnaire s’était rendu clandestinement à Green-Park.
Et tout naturellement, j’en revenais à ma première idée : l’assassin devait être recherché parmi les gens de maison.
De tout cela je n’avais qu’une façon d’avoir le cœur net, c’était de faire parler M. Crawford.
« Voilà, me disais-je, mon Watson bien plus engagé qu’il ne le prévoyait dans une affaire où il verra le détective aux prises avec un joli faisceau de difficultés.
Je rentrai donc dans le cottage, résolu toutefois à user de diplomatie dans l’interrogatoire du millionnaire, car je le savais chatouilleux et il s’agissait, en somme, de l’amener à me faire trouver un scélérat parmi ceux à qui il accordait sa confiance.
— Vous avez été bien longtemps, mon cher Dickson, me dit-il, dès qu’il m’aperçut.