Il faut, pour s’autoriser à user d’une chose aussi personnelle qu’une voiture, en avoir obtenu licence de quelqu’un de la maison ou être de la maison soi-même.

De toute évidence, cette course avait été faite à l’insu de M. Crawford.

Ceux qui se cachent ont généralement un motif et l’individu qui s’était rendu dans ces conditions à Green-Park y venait donc avec de mauvais desseins.

Était-il présomptueux d’affirmer que cet individu avait trop l’apparence d’être le meurtrier pour qu’il ne le fût pas en effet, et de dire qu’un particulier qui s’appropriait si aisément la voiture de M. Crawford, devait, selon toute vraisemblance, être un de ses familiers ?

Si j’avais pu exposer librement ma théorie à mon honorable ami, je suis certain que je l’eusse convaincu, mais la prudence qui est une des qualités maîtresses de ma profession me faisait un devoir de ne pas éveiller ses susceptibilités.

Le naïf millionnaire paraissait trop sûr de la moralité de son entourage, il était trop féru de sa supériorité de maître modèle pour que je pusse sans inconvénient saper ainsi sa conviction.

Il aurait certainement voulu me tenir en échec et m’égarer peut-être pour me prouver que j’avais tort.

Je résolus de le « travailler » adroitement, afin de savoir sur lequel de ses gens devait peser tout le poids de ma présomption.

J’allai donc avertir Bailey et Mac Pherson que mon enquête était terminée et nous revînmes vers la voiture.

M. Crawford, comme à l’aller, sauta sur le siège et prit le volant.