Nous partîmes, et chemin faisant je profitai d’une confidence qu’il m’avait faite, pour ramener le millionnaire à la question qui me préoccupait.
— Vous conduisez toujours seul, lui dis-je, vous avez raison… c’est plus prudent, car je ne suppose pas que, dans votre situation, ce soit pour faire l’économie d’un chauffeur.
— J’ai simplement un chauffeur pour les réparations et le nettoyage, mais il reste toujours à la maison… il me déplaît d’avoir un conducteur avec moi.
— Et je vous approuve d’autant que les chauffeurs prennent aux côtés de leurs maîtres une place que n’avaient pas les cochers d’autrefois.
— Place tout à fait usurpée, croyez-le…
— J’y suis tout disposé, cher monsieur… le vôtre au moins est-il entendu ?
— Il est assez bon mécanicien… mais je l’emploie chez moi à d’autres besognes encore. L’insolence des chauffeurs vient précisément de ce qu’ils se cantonnent dans leur métier et se drapent dans leur vanité professionnelle avec des airs d’ingénieurs diplômés.
— Rien de semblable chez vous, alors ?
— Non… mon chauffeur est un domestique, puisque je le paie.
Mon millionnaire se rengorgeait.