Sorti de chez moi, à la demie de huit heures, revêtu du grand overcoat beige que l’on connaît déjà, j’avais rapidement gagné les bosquets qui forment autour de Broad-West une couronne de verdure.

Aussitôt que je fus hors de vue, je me jetai dans un fourré, et là, retirant à la hâte mon pardessus qui est doublé de cette flanelle à carreaux dont on confectionne les gilets des lads, je le retournai et j’en rentrai les pans dans ma ceinture, de sorte qu’en un clin d’œil j’eus l’air d’un parfait domestique. Cachant ensuite mon chapeau dans un buisson, je tirai de ma poche une petite casquette écossaise, puis m’étant frotté le visage avec un enduit de mon invention qui a la propriété de rendre un homme méconnaissable tant il ride la peau et lui donne une couleur terreuse, je me dirigeai résolument vers le chalet, certain que c’était là que je trouverais la clef du mystère de Green-Park.

Quand je fus parvenu à la grille, je remarquai sur le côté, dans une petite cour bitumée et légèrement déclive, une automobile fort poussiéreuse que je reconnus aussitôt.

Un chauffeur en tenue de travail était en train de laver nonchalamment la voiture, tout en chantant d’une voix fausse :

— Spring… spring… beautiful spring !

— C’est lui, pensai-je.

Je m’arrêtai et le regardai fixement à travers les barreaux de la grille, en prenant mon air le plus niais.

— Qu’a donc ce drunkard à me dévisager ainsi ? dit-il en m’apercevant… il est probable que ce gentleman d’écurie n’a jamais vu une quarante chevaux…

— Pardon, camarade, répondis-je en prenant l’accent des paysans de Black-Well… je connais aussi les voitures à pétrole et je puis même, si vous le désirez, réparer votre pneu de droite qui est bien malade.

L’homme me regarda surpris :