— Voici… vous avez sans doute entendu parler de M. Ugo Chancer… vous savez, ce vieil original qui demeure à Green-Park ?
— Parfaitement… et ce M. Chancer est mort ?
— Comment ! vous le savez déjà ?
— Mais c’est vous qui venez de me l’apprendre… Voyons, Mac Pherson, vous vous présentez chez moi pour m’entretenir d’un décès suspect et vous commencez votre récit en me nommant M. Ugo Chancer… Le moins que je puisse faire est bien d’en inférer que ce M. Chancer est la victime… Continuez, je vous prie…
— En effet, M. Chancer a été trouvé mort ce matin dans son cabinet de travail… Nous avions d’abord, le chief-inspector Bailey et moi, conclu à un décès naturel, lorsqu’une femme de chambre est venue faire une déposition qui a tout embrouillé… Ketty — c’est le nom de cette fille — prétend avoir entendu vers minuit des cris d’appel partant du bureau de son maître… Elle affirme même avoir vu, à la lueur de la lune, un homme qui escaladait le mur du parc… Tout cela est bien étrange et je vous avouerai que, pour ma part, je n’en crois pas un mot…
— Et sur quoi vous fondez-vous, Mac Pherson, pour rejeter a priori les déclarations de cette Ketty ?
— Sur quoi ? Mais by God ! sur mon expérience d’abord et ensuite sur mon enquête… Pour arriver jusqu’à M. Chancer, nous avons été obligés, Bailey et moi, d’enfoncer la porte de son cabinet qui était fermée en dedans par un solide verrou d’acier… une autre porte était également cadenassée… Quant aux fenêtres, elles étaient toutes hermétiquement closes… Pour moi, voyez-vous, M. Chancer qui était très gros et très rouge est mort d’une congestion. Cependant, comme le mot de crime a été prononcé et que les voisins du défunt réclament votre intervention, je suis venu, sur l’ordre de Bailey, vous demander si vous consentiriez à vous occuper de cette affaire.
Je fis un signe de tête affirmatif.
L’aventure m’intéressait.
Le bref exposé que je venais d’entendre avait suffi à me faire, une fois de plus, toucher du doigt l’impertinente incapacité de la police.