Je ne pus retenir un geste de découragement.
— Oh ! tu sais, ajouta le chauffeur, ce n’est pas la peine de le « récurer » nous ne sommes pas au Tread-Manor, passe la brosse vivement et donne ensuite un coup de chiffon… Tout ça, vois-tu, c’est pour épater Betzy… tu comprends, la première fois…
— Oui… oui… murmurai-je essoufflé en secouant brusquement la tête pour faire tomber les gouttes de sueur qui me perlaient au front.
Je ne pouvais, en effet, m’essuyer la figure avec mon mouchoir : c’eût été enlever mon maquillage qui commençait déjà à se ramollir.
En passant devant une glace appliquée le long de la cloison, je me regardai hâtivement.
J’étais horrible… mon enduit avait coulé et faisait sur mon visage d’affreuses taches gluantes qui me donnaient un aspect repoussant. Ah ! comme je compris alors l’air dégoûté de Betzy !
« Si je cire un quart d’heure de plus, murmurai-je inquiet, tout en faisant décrire à ma jambe droite un incessant mouvement de va-et-vient, mon maquillage va fondre tout à fait et révéler mon incognito. »
Fort heureusement, Betzy finit par disparaître et j’entendis le frou-frou de ses jupes empesées s’éteindre peu à peu dans l’escalier.
— Elle ne remontera plus, me dit Slang… repose-toi, fellow… il est onze heures moins dix ; à onze heures nous allons décamper et nous offrir un whisky… j’en ai d’excellent… tu verras… Attends-moi là, je vais jeter un coup d’œil dans la chambre du patron pour voir si tout est bien en ordre… et je reviens…
Je m’affalai sur une banquette, éreinté, fourbu littéralement abruti et n’ayant même plus la force de prononcer une parole. J’étais, à ce moment, semblable à un homme en proie au mal de mer… Je voyais tout tourner autour de moi et ne distinguais plus les objets qu’à travers une sorte de brouillard.