Le tintement joyeux d’une horloge placée dans la galerie me tira enfin de ma torpeur.
J’allais donc être libre ! et j’attendais Slang avec une impatience que l’on conçoit, mais le gredin ne se pressait pas du tout de venir me rejoindre… Que faisait-il donc dans la chambre de M. Crawford ?
Ma curiosité de détective reprenant le dessus, je m’apprêtais déjà à aller jeter un coup d’œil par la glace de « l’observatoire », quand mon compagnon reparut.
Il me sembla tout drôle, mais c’était sans doute une idée.
— Allons, viens, fellow, dit-il en me prenant par le bras… nous avons assez travaillé…
Et il me poussa vers un petit escalier en pitchpin qui donnait sur un vestibule orné d’une grande carte de Melbourne et de ses environs. On avait dû consulter souvent cette carte, à en juger par les traces de doigts qui maculaient ses marges.
Nous traversâmes en biais un coin du parc et nous atteignîmes un petit pavillon de deux étages construit en briques rouges et dont le toit d’ardoises se perdait d’un côté parmi les branches d’un cèdre gigantesque.
— Montons à ma niche, me dit Slang… Je te montrerai l’endroit que je te réserve comme chambre à coucher.
Le pavillon dont je viens de parler était situé à environ cent mètres de la villa Crawford.
Ceci fut pour moi une indication nouvelle : il était donc possible à quelqu’un de sortir avec l’automobile sans éveiller l’attention du millionnaire… Il suffisait de pousser la voiture jusqu’à la route — ce qui était très facile puisque la surface bitumée qui menait à la grille était en pente — et une fois là, de mettre la machine en marche. Il y a dans la soirée une grande animation sur cette route qui va de Melbourne à Whittlesea, car nombre d’habitants des environs rentrent généralement du théâtre en auto ; le confiant M. Crawford ne pouvait donc s’étonner d’entendre, la nuit, le ronflement d’un moteur aux abords de son cottage.