Et après m’être épousseté tant bien que mal avec mon mouchoir, je me dirigeai pédestrement vers Melbourne.
VI
L’HOMME D’AFFAIRES DE FITZROY-STREET
Je ne sais s’il est arrivé à quelqu’un de mes lecteurs de quitter tout à coup, pour cause de panne, une confortable automobile et de faire dans la poussière, sous un soleil de plomb, quatre milles anglais, ce qui représente exactement quatre fois seize cent neuf mètres, c’est-à-dire une bonne lieue et demie de France.
Cela manque de charme, surtout pour un détective qui a caressé un instant l’idée de « pincer » un criminel et qui voit soudain ce criminel prendre sur lui une avance considérable.
La nature m’a heureusement doué d’une certaine dose de philosophie, sans quoi, dans différentes circonstances, j’aurais, comme on dit, jeté bien souvent le manche après la cognée.
Mais j’ai du ressort : je ressemble un peu à ces stayers qui reprennent de la vigueur et de l’énergie en apercevant le poteau… et dont les superbes efforts déconcertent toutes les prévisions.
Mon overcoat sous le bras, j’avalai donc mes quatre milles et quand je pénétrai dans le faubourg de Richmond qui mène à Melbourne-Ville, il était exactement une heure trente-cinq.
Hélant alors un hansom qui maraudait en cherchant l’ombre, je me fis conduire à Wilson-Hall, dans une petite rue où je savais trouver un lavatory.
Une fois rasé, coiffé, brossé, ciré, je remontai en voiture en jetant cette adresse au cabman :
— 18, Fitzroy-Street.