— Ces souverains sont faux, monsieur le chief-inspector…

Le magistrat prit les pièces, les palpa et les fit sonner sur le socle de marbre vert d’un presse-papier posé devant lui.

— Ces souverains son faux, en effet, monsieur Dickson, mais qu’en inférez-vous ?

— Que la somme entière qui a été trouvée dans le secrétaire de M. Ugo Chancer est composée de pièces de mauvais aloi, car les quatre souverains que voici ont été pris par moi au hasard… Or, cela tend à prouver ou que M. Chancer faisait constamment usage de fausse monnaie, ce qui me paraît insoutenable — mais, même en ce cas, l’instruction ne doit pas être close — ou que le malfaiteur qui s’est approprié les valeurs du défunt les a adroitement remplacées par cette pacotille afin de détourner les soupçons. Vous voyez, monsieur, que Bailey, malgré tout son flair, a été parfaitement dupe de cette ruse grossière.

Le magistrat se carra dans son fauteuil.

— Poursuivez, dit-il… je ne me refuse jamais à accueillir la vérité… mon devoir est de tout entendre.

— Il y a plus, continuai-je… Je me suis procuré l’adresse de l’homme d’affaires de M. Ugo Chancer, grâce à une enveloppe de lettre que j’ai trouvée chez le défunt et qui avait également échappé aux investigations de la police. Cet homme de confiance est M. Withworth qui habite ici même, 18, Fitzroy street. Il m’a appris que M. Chancer était en possession d’actions et d’obligations diverses pour une valeur de quatre cent mille livres dont il gardait les titres par devers lui. Ce chiffre qui représente une fortune considérable écarte de lui-même la suspicion de fraude à l’endroit du défunt… Mais comme, en outre, les titres n’ont pas été retrouvés chez M. Chancer, il est de toute évidence qu’ils ont été dérobés et que c’est à ces papiers, précisément, qu’a été substituée la fausse monnaie dont vous avez là un spécimen, monsieur le chief-inspector.

— Ce M. Withworth a-t-il les numéros des certificats disparus ?

— Il nous a prévenus tous les deux : lorsque je me suis présenté chez lui il avait déjà formé opposition sur tous les titres dans les comptoirs de banque.

— En ce cas, nous ne saurions tarder à mettre la main sur le voleur. S’il existe, en effet, il n’aura rien de plus pressé que de se défaire de ces titres pour les convertir en argent.