Le chief-inspector réfléchit quelques instants et reprit :

— Je ne voyais d’abord aucun lien entre cette affaire banale et la mort de M. Chancer, mais maintenant que vous me signalez la disparition de valeurs ayant appartenu à ce gentleman, il serait peut-être bon de vérifier… Vous avez les numéros des titres volés ?

— Oui, monsieur… Quelle est la valeur visée par la plainte ?

— Voici les indications qui me sont transmises par l’Australian Bank Exchange : Obligation de la Newcastle Mining Co, émission 1895, troisième série, numéro 0,0882.

Je parcourus fébrilement la colonne de chiffres griffonnés au crayon sur les feuillets de mon agenda :

— Newcastle Mining Co ! m’écriai-je tout à coup… voici : il y a plusieurs numéros de la troisième série… huit cent quatre-vingt… huit cent quatre-vingt-un… huit cent quatre-vingt-deux… zéro, virgule, zéro huit cent quatre-vingt-deux !… Le titre appartenait à M. Ugo Chancer !…

Et je tendis mon carnet au chief-inspector en posant l’index sur les chiffres.

— C’est bien cela, dit-il… il n’y a pas d’erreur possible… Il faut retrouver cet inconnu… oui… mais c’est maintenant un peu tard… La banque a manqué à son devoir : elle aurait dû faire arrêter le négociateur du titre… Au surplus, il s’est peut-être enfui sans qu’on ait eu le temps de prévenir un policeman… Enfin, espérons encore… notre homme ne s’en tiendra pas là… et tentera ailleurs d’écouler son papier… C’est à vous, monsieur Dickson, qu’il appartient de suivre cet individu et de le prendre sur le fait.

J’acquiesçai d’un signe de tête.

— Vous reconnaissez alors, dis-je en souriant, que je puis être de quelque utilité à la police ?