Comme tous les clergymen, il était très bavard et ne tarda pas à se lancer dans de longues dissertations sur la corruption des mœurs et la navrante mentalité de la jeunesse d'aujourd'hui.

Je l'écoutais d'un air recueilli et approuvais de la tête chaque fois qu'il s'interrompait pour me donner le temps de savourer toute la justesse de ses paroles.

Je lui servis d'auditeur pendant environ trois quarts d'heure, mais comme il devenait passablement rasoir, et que le froid commençait à pincer dur, depuis que le soleil avait disparu, je pris congé du brave Révérend avec une onctueuse politesse et entraînai Manzana vers la sortie du jardin.

—Qu'est-ce qu'il vous racontait donc, cet espèce d'English? demanda mon associé en riant.

—Des choses très intéressantes, mon cher... Ah! c'est un excellent cœur, je vous assure, et il serait à souhaiter que nous rencontrions tous les jours de braves gens comme lui... Tenez, il m'a donné sa carte... Il s'appelle le Révérend Patterson... Retenez bien ce nom, Manzana, car c'est celui d'un excellent et digne homme... Mais hâtons le pas, si vous le voulez bien... car j'ai de sérieuses raisons pour ne plus me rencontrer avec lui.

Nous étions sur une large avenue. Un tramway jaune arrêté à une station, devant nous, allait partir pour Rouen.

—Montez, dis-je à Manzana en le poussant sur la plate-forme du véhicule.

—Mais... fit-il en me regardant d'un air inquiet... avez-vous?...

—Ne vous inquiétez pas de cela, montez vite.

Le tramway partit. Lorsque le receveur vint demander le prix des places, je tirai de ma poche un gros porte-monnaie en cuir noir, l'ouvris d'un geste solennel et en tirai une pièce blanche.