Il arriva enfin!
Le Good Star s'amarra à quai, dans le bassin Sainte-Catherine, en amont de Tower-Bridge, et l'on procéda immédiatement au débarquement des marchandises.
Nul agent ne m'attendait au ponton d'accostage... Manzana, en admettant qu'il eût prévenu la police, s'y était pris trop tard... J'étais maintenant dans mon pays, libre de mes mouvements, libre de mes actes et avec de l'argent en poche... Rien ne m'empêchait plus de passer en Hollande pour y vendre mon diamant.
L'incident Manzana ne m'avait, en somme, retardé que de quelques jours.
Ah! quelle riche idée j'avais eue de conserver le Régent sur moi après la petite expédition de l'hôtel d'Albion!
Je procédai au déchargement du Good Star avec un courage et un entrain extraordinaires... Jamais je n'avais eu tant de cœur au travail. Il me semblait qu'une vie nouvelle s'ouvrait devant moi. Tout en «coltinant» les caisses et les balles qu'un treuil à vapeur extrayait des flancs du cargo, je chantais éperdument et Cowardly dut, à deux reprises, me prier de mettre une sourdine à mon «gueuloir» pour employer sa propre expression.
Le débarquement terminé, je touchai ce qui me revenait, puis je pris congé du capitaine et du maître d'équipage.
Je cessais d'être marin pour redevenir gentleman, mais quelques instants plus tard, en passant devant la glace d'une boutique, je m'aperçus que je ressemblais plutôt à un «beggar» qu'à un gentleman.
Mon linge n'était plus douteux, il était franchement sale. Quant à mes habits, ils auraient eu besoin d'un sérieux coup de fer.