Bill Sharper me regarda en souriant, puis reprit d'une voix éraillée, après avoir balancé la tête de droite et de gauche:

—Vous êtes bien aimable, mais une livre c'est encore trop peu... Vous seriez un «purotin»... je ne dis pas... mais un homme qui est riche à millions...

—Vous plaisantez...

—Non... non... Je sais ce que je dis... Je suis renseigné...

—Celui qui vous a renseigné a menti...

—Nous verrons ça... En attendant, m'sieu Pipe, comme j'ai, ce matin, un effet de dix livres à payer, je vous serais obligé de vouloir bien m'ouvrir un crédit de pareille somme...

—Dix livres, m'écriai-je... dix livres! mais je ne les ai pas sur moi...

—En ce cas, m'sieu Pipe, remontez chez vous les chercher, je vous attendrai devant la porte...

Il n'y avait pas à discuter, je le comprenais bien. Manzana avait parlé... il s'entendait peut-être avec ce Bill Sharper... On voulait me faire chanter.

Un honnête homme, lorsqu'il tombe entre les mains de pareils aigrefins, n'a qu'à demander à la police aide et protection, mais moi, pour les raisons que le lecteur connaît, je ne pouvais user de ce moyen. Je devais donc «chanter», sans me faire prier, et c'est ce que je fis.