Je remontai mon escalier, mais comme il était inutile que je misse Edith au courant de cette nouvelle aventure, je m'arrêtai au deuxième étage, tirai mon portefeuille de ma poche, y pris deux bank-notes de cinq livres et redescendis lentement trouver Bill Sharper.
—Voici, dis-je, en lui glissant les billets dans la main...
Le drôle se confondit en remerciements.
—Merci, m'sieu Pipe!... M'sieu est bien bon... on voit qu'il comprend les affaires... Je suis tout à sa disposition, car moi, je sers fidèlement ceux qui me payent... Je déteste les gens qui lésinent et se font tirer l'oreille pour sortir leur argent... Si monsieur a encore besoin de moi, qu'il n'oublie pas que je suis à son entière disposition...
J'aurais pu congédier sur-le-champ ce répugnant personnage, mais je jugeai qu'il était plus habile de le ménager et de le mettre dans mon jeu, du moins pour quelque temps.
—Ecoutez, dis-je, en lui posant familièrement la main sur l'épaule. Vous êtes un garçon intelligent... Je crois que nous pourrons nous entendre... La façon dont vous avez trouvé mon adresse prouve que vous ne manquez pas de «prévoyance»... Voyons, maintenant que nous sommes des amis, vous pouvez bien me dire ce qui s'est passé hier soir, dans le bar du Soho, après mon départ...
—Volontiers, m'sieu Pipe... du moment qu'vous payez vous avez bien le droit d'savoir, s'pas? Donc, hier soir, votre associé...
—Mon associé?
—Oui... celui dont je vous ai débarrassé... Il se prétend votre associé... Il affirme que vous êtes très riche... et que, lui, est ruiné par votre faute... Moi, vous comprenez, j'ai rien à voir là-dedans... S'il a été assez poire pour se laisser rouler, ça le regarde...
—Cet homme ment, affirmai-je avec une indignation qui devait paraître sincère... il ment effrontément... C'est lui qui m'a ruiné, au contraire, et aujourd'hui, il essaie de se raccrocher à moi pour se faire entretenir.