Edith avait certainement compris à quoi je faisais allusion, car elle devint toute rouge et ne répondit pas.
—Allons, fis-je en l'embrassant, soyez raisonnable... j'ai tout oublié...
Elle résistait encore, mais mollement et je me montrai si tendre, si câlin, si caressant qu'elle finit par jeter son manteau sur une chaise et par ôter son chapeau.
La paix était faite et nous la scellâmes d'un long baiser...
Je n'étais plus maintenant un être énigmatique mais un amour d'homme... un petit Edgar chéri... le plus parfait des amants.
La soirée s'acheva en délicieuses causeries, en projets, en espoirs. Je promis à Edith de l'emmener le lendemain à Douvres, puis de là en Hollande et je lui jurai que sur le premier argent provenant de l'héritage de l'oncle Chaff, je lui paierais un joli collier de perles et une superbe aigrette en diamants... Bref, je l'éblouis, et la pauvre petite, fascinée par l'éclat des cadeaux que je faisais miroiter, je ne dirai pas à ses yeux, mais à son esprit, tomba dans mes bras en murmurant:
—Oh! Edgar! Edgar! que vous êtes gentil et comme je vous aime!...
J'étais à peu près sûr de mon effet, car je sais par expérience que les femmes ne résistent jamais à l'appât d'un bijou... Edith était vaincue... du moins je l'avais reconquise... C'est tout ce que je désirais. Il n'eût plus manqué qu'elle devînt une ennemie, elle aussi!
Manzana, Bill Sharper et Edith, c'eût été trop vraiment et j'eusse fatalement succombé sous le poids de tant d'inimitiés.
Je la déshabillai et la mis au lit comme un petit enfant. Elle ne tarda pas à s'assoupir et à rêver sans doute de colliers de perles et d'aigrettes de diamants...