Quand j'eus acquis la certitude qu'elle était bien endormie, je pris mon canif et, tout doucement, fis une profonde entaille dans le fauteuil d'où je retirai une grosse poignée de crin noir. Passant ensuite dans le cabinet de toilette, je procédai, sans bruit, à un camouflage des plus habiles.
Au moyen des diverses pâtes dont Edith se servait pour sa toilette, je me teignis la peau en rouge, dessinai un cercle noir autour de mes yeux, puis éparpillant le crin sur ma tête, je me fis une perruque frisée (une vraie perruque de Papou). Je me confectionnai ensuite une barbe et une moustache que je collai sur mon visage avec un peu de seccotine.
Afin que ma tignasse de crin ne pût tomber, je coiffai une casquette de voyage, puis, après avoir retourné mon veston qui était doublé d'une étoffe à carreaux verts et rouges, et l'avoir endossé à l'envers, je relevai mon pantalon jusqu'aux genoux, ôtai mes bottines et mis des pantoufles de feutre.
Ainsi camouflé, j'étais horrible, tellement horrible qu'en me regardant dans la glace je me fis peur... oui, là, sérieusement.
Le lecteur se demandera sans doute ce que signifiait cette mascarade...
On va voir qu'elle avait un but... un but utile.
Edith dormait toujours; j'entendais à travers le rideau du cabinet de toilette sa respiration régulière et douce.
J'éteignis alors l'électricité, revins dans la chambre, gagnai la porte à pas de loup, et m'engageai dans l'escalier, mon étui de pipe à la main.
Arrivé sur le palier où se trouvait le salon de miss Mellis, je m'arrêtai. Par la baie vitrée, j'aperçus la logeuse. Elle était assise devant son bureau et je crus tout d'abord qu'elle lisait, mais l'ayant observée plus attentivement, je remarquai que, de temps à autre, sa tête s'inclinait brusquement, puis se relevait de même comme si elle saluait quelqu'un.
Miss Mellis dormait.