J'ouvris la porte du salon et m'avançai vers la logeuse, le bras tendu, comme prêt à faire feu sur elle... avec mon étui de pipe.
Elle se réveilla en sursaut, m'aperçut, voulut crier, mais les mots s'étranglèrent dans sa gorge; elle se dressa, battit l'air de ses mains et tomba évanouie.
Sans perdre une seconde, j'ouvris le tiroir de son bureau, y pris le sac de toile dans lequel je l'avais vue serrer son argent, quelques heures auparavant, puis d'un pas léger, je regagnai ma chambre.
Edith ne s'était pas réveillée.
Passant dans le cabinet de toilette, j'ouvris la fenêtre, lançai dans le vide ma perruque et ma barbe de crin, me débarbouillai à grande eau, puis quand j'eus fait disparaître les dernières traces de mon horrible maquillage et remis un peu d'ordre dans ma tenue, j'ouvris doucement le sac de miss Mellis et fis l'inventaire de ce qui s'y trouvait...
Il contenait quatre-vingts livres en bank-notes, dix couronnes et vingt-cinq shillings...
On voit que ma petite expédition n'avait pas été inutile.
J'eus un moment l'idée de jeter par la fenêtre le sac de toile, mais je jugeai plus prudent de le brûler dans la cheminée où flambait un bon feu de houille.
—Que faites-vous donc, Edgar, bredouilla Edith qui s'était à demi réveillée, vous ne vous couchez donc pas?
Elle n'entendit probablement point la réponse que je lui fis, car elle se rendormit presque aussitôt.