Robinson brothers and Co

Je n'étais pas encore sauvé. Mes ennemis étaient sans doute parvenus à retrouver ma piste, car j'entendis bientôt, au bout de la rue, un bruit de pas précipités. J'étais à ce moment en pleine lumière et si je me mettais à fuir, on m'apercevrait certainement.

Ma décision fut vite prise. Je longeai le mur du bâtiment contre lequel je m'adossais et apercevant une petite porte couronnée d'une imposte que l'on avait laissée ouverte, je me hissai jusqu'à cette baie, à la force du poignet, et me glissai dans l'intérieur de la maison.

XXIII

LA MAISON DU BON DIEU

J'étais maintenant dans un couloir encombré à droite et à gauche, de caisses et de ballots symétriquement rangés et sur lesquels on avait étalé une grande bâche de toile cirée.

Je demeurai un instant immobile, craignant que mes bottines en touchant un peu trop brutalement le sol n'eussent éveillé dans ce couloir des échos inquiétants, mais rien ne bougea autour de moi.

Ceux qui me cherchaient ne tardèrent pas à passer devant la maison, et j'entendis ces mots prononcés par une grosse voix enrouée: «Il a dû filer par Wardour Street».

A n'en pas douter, c'était la voix de Bill Sharper... Ainsi, je n'avais pas seulement à mes trousses le détective Allan Dickson... J'étais aussi poursuivi par les acolytes de Manzana. Si je parvenais à échapper à tant d'ennemis, j'aurais vraiment de la veine!