—Encore dix minutes... C'est la première fois que vous venez «travailler» ici?

—Oui...

—Alors, je vais vous donner un conseil... Ne vous pressez pas de sortir... Ici, nous sommes en sûreté... nous sommes sous le comptoir des emballages et il est bien rare que l'on commence les paquets avant neuf heures... Quand vous entendrez sonner la cloche, vous n'aurez qu'à me suivre, mais par exemple, il faudra enlever votre chapeau et le tenir à la main.

—Et pourquoi cela? demandai-je, un peu méfiant.

—Parce que, de la sorte, on vous prendra pour un employé... D'ailleurs, fiez-vous à moi, voilà quinze jours que je viens ici... j'ai l'habitude de la maison...

J'admirai le sang-froid de ce jeune homme.

Je l'avais d'abord pris pour un détective, mais son superbe complet, ses bottines neuves, son chapeau neuf et le joli pardessus qu'il tenait roulé sous son bras prouvaient suffisamment qu'il venait comme moi, de se vêtir, sans bourse délier, aux rayons si bien assortis de la maison Robinson and Co. Il avait, ma foi, une figure des plus sympathiques.

—Vous comprenez, me dit-il sur un ton de confidence, ils gagnent assez d'argent dans cette boîte-là, ils peuvent bien, de temps en temps, nous offrir quelques vêtements...

Ce débutant avait, comme on le voit, de bons principes. J'en eusse certainement fait un habile «opérateur» si j'avais pu m'occuper de lui, mais d'autres préoccupations m'assiégeaient... j'avais trop d'affaires sur les bras. Tout ce que je souhaitais pour l'instant, c'était de sortir du magasin et de m'éloigner de Londres le plus vite possible. Je n'avais pas encore de plan bien arrêté, mais je mettrais tout en œuvre pour échapper à Allan Dickson.

Celui-là seul était à craindre, car avec lui, il était impossible de ruser, tandis qu'avec Manzana et Bill Sharper, je pouvais encore m'en tirer.