A l'heure de l'ouverture des magasins, les employés se précipiteraient en foule dans les différents rayons... Comment les éviter?

Je songeai à descendre dans les sous-sols, mais à la réflexion, je compris que cela ne m'avancerait à rien. On me découvrirait aussi bien en bas qu'en haut. Le plus simple était de me dissimuler sous un comptoir, le plus près possible de la porte, et c'est ce que je fis.

Dieu que cette nuit me parut longue!

Enfin le jour parut, un jour terne et triste d'hiver. Le magasin fut éclairé d'une lueur grise et froide qui filtrait à travers les stores, puis, dans la rue, les voitures des laitiers commencèrent à rouler...

Bientôt, des garçons se mirent en devoir d'enlever les housses qui recouvraient les vitrines et les comptoirs, pendant que d'autres roulaient de petits chariots qui faisaient un vacarme de tous les diables... Là-bas, dans la lumière plus vive d'un hall vitré, je distinguais un homme galonné qui donnait des ordres d'une voix tonitruante.

Soudain, j'entendis remuer à quelques pas de moi et j'aperçus un jeune homme qui me regardait avec de gros yeux ronds. Il était accroupi sous le même comptoir que moi et je ne l'avais pas remarqué tout d'abord car le coin où il se trouvait était très sombre...

Il parut d'abord effrayé, puis voyant que j'étais aussi étonné que lui, il se rapprocha doucement et me dit à voix basse:

—Vous attendez l'ouverture?

—Oui.