—Inutile... cher monsieur... ce serait du temps perdu... Vous vous expliquerez devant le constable..., lui seul a qualité pour vous entendre... moi, je dois simplement me borner à vous conduire à Bow Street.

Il n'y avait qu'à se soumettre et c'est ce que je fis... J'eus bien, un moment, l'idée de sauter dans la rue par la fenêtre qui était grande ouverte, mais ma chambre se trouvait au quatrième étage et je n'eus pas le courage de tenter un pareil saut.

Je pris donc mon chapeau et ma pelisse et m'avançai vers la porte...

Allan Dickson s'était levé d'un bond et m'avait empoigné par la manche.

—Oh! ne craignez rien, dis-je en souriant, je n'ai nullement l'intention de vous fausser compagnie... Mon unique désir est de comparaître le plus tôt possible devant la justice, afin de me laver de l'accusation qui pèse sur moi... Vous voyez que je suis un «client» raisonnable... Cependant, en raison de la docilité même dont je fais preuve, j'ose espérer que vous aurez pour moi quelque indulgence et ne refuserez pas de répondre à une question qui me brûle les lèvres... Comment avez-vous pu me découvrir ici?...

—Oh!... c'est bien simple, Monsieur Pipe, répondit Allan Dickson... J'avais, je l'avoue, tout à fait perdu votre piste et je n'espérais même plus vous retrouver, quand j'ai reçu, à mon bureau, un coup de téléphone... C'est vous-même qui me demandiez, paraît-il... alors, je suis venu.

—Vous voulez rire, je suppose?

—Non... pas du tout... c'est l'exacte vérité... vous m'avez appelé, sans vous en douter, peut-être. Alors, une personne obligeante qui vous a entendu a bien voulu me prévenir... Ah! monsieur Pipe, il est parfois dangereux de rêver et surtout de parler en rêvant... On laisse ainsi échapper certaines confidences qui vous trahissent, car il y a toujours, derrière les murs, des oreilles indiscrètes... surtout dans les hôtels... Vous comprenez, maintenant?

Hélas! oui... Je ne comprenais que trop! Je m'étais dénoncé moi-même...

Décidément, la fatalité me poursuivait.