J'avais cru, un instant, pouvoir remonter le courant; mais tous mes efforts avaient été vains et j'étais, à l'heure présente, entraîné vers l'abîme!!...
DEUXIÈME PARTIE
I
OU JE QUITTE LE MONDE POUR ME RETIRER A READING
Je juge inutile de rappeler ici les diverses péripéties de mon procès. Il a fait d'ailleurs assez de bruit.
Je fus condamné pour cambriolage à main armée, bien que le solicitor désigné d'office pour me défendre eût essayé de prouver que l'arme dont je m'étais servi n'était qu'un vulgaire étui de pipe, mais la déposition de miss Mellis fut accablante. Cette respectable personne soutint, avec un acharnement féroce, qu'elle avait parfaitement vu le canon d'un revolver de gros calibre braqué sur elle, et le tribunal la crut. Malgré l'éloquence un peu théâtrale de mon solicitor je me vis donc octroyer cinq ans de «hard labour»! Par bonheur pour moi, il n'avait pas été question de l'affaire Robinson...
A la fin de l'audience, on me conduisit au «Justice box» et, le lendemain, après une foule de formalités odieuses et ridicules, j'étais transféré à la geôle de Reading.
Nombre de touristes français connaissent Reading, cette charmante localité des environs de Londres, située entre Maidenhead et Basingstoke, dans un site agréable, presque au bord de la Tamise.
C'est là que l'été, les «clerks» et les «shopkeepers» de Londres vont se remettre des fatigues de la semaine, avec leurs petites amies ou leurs épouses. Au temps de ma prime jeunesse, j'étais souvent venu à Reading avec mes parents, mais, à cette époque, le paysage n'était pas encore gâté par la silhouette imposante et hostile d'un pénitencier. La campagne s'étendait verdoyante, coupée, çà et là, de larges allées de sable, que bordaient de riants cottages. Il paraît que c'est lord Strange, un philanthrope de la nouvelle école, qui a eu l'idée de faire édifier une prison à Reading, parce que l'air y est très pur, et que l'on doit prendre soin de la santé des criminels. Cette fausse humanité n'est-elle pas révoltante? Quelle influence peut avoir sur la santé des détenus un air salubre qu'ils ne respirent jamais, puisqu'ils sont continuellement confinés dans une cellule où le jour ne pénètre que par un étroit vasistas ouvrant la plupart du temps sur les cuisines, la buanderie ou l'usine servant à produire la lumière électrique?