Aussitôt, la porte de ma cellule s'ouvrit avec fracas, je fus poussé vers la trappe par des mains brutales, et je me trouvai assis sur une sellette de fer pendant que mes pieds reposaient sur une large lame de bois à demi inclinée. Instinctivement je jetai un coup d'œil dans le trou noir qui béait au-dessous de moi, et je distinguai une énorme solive munie de palettes, qui ressemblait absolument à la roue d'un moulin à eau.

—Gare à vous, me dit un gardien. C'est la première fois que vous faites du Tread-Mill... pédalez, pédalez ferme! Surtout, ne manquez par les aubes!... Si vous vous arrêtez une seconde, vous vous faites accrocher les jambes...

Take care! hurla quelqu'un... forwards[5].

La roue commença à tourner doucement. Elle était dure à mettre en marche et, bien que des centaines de pieds appuyassent à la fois sur les palettes fixées dans l'arbre de couche, le démarrage ne se faisait que difficilement.

Peu à peu, le mouvement s'accentua, devint plus rapide, et l'on entendit un ronflement sonore pareil à celui d'un volant de machine.

Je sentais sous mes pieds tourner les aubes et, dès que l'une avait passé, je rattrapais vivement l'autre, tremblant à chaque seconde de la manquer et de me faire broyer les jambes.

Je ne sais si je me fais bien comprendre, car en écrivant ces lignes je suis encore si troublé que ma plume tremble dans ma main et que ma tête s'égare.

Ceux qui n'ont pas vu fonctionner un Tread-Mill ne peuvent se rendre compte du danger qu'à chaque seconde court le malheureux détenu astreint à ce travail d'écureuil.

Je suais sang et eau et je m'attendais toujours à manquer pied, mais, à la longue, j'acquis plus d'habileté. J'avais à peu près «attrapé» ce que les prisonniers appellent la «cadence»... et je menais régulièrement le «train».

J'étais cependant à la merci d'une défaillance...