Est-ce qu'on a le temps à Reading de s'apitoyer sur ceux qui s'évadent par la mort de la prison modèle de lord Strange?

Chaque jour, nous devions «tourner la roue» pendant vingt minutes, le matin, et une demi-heure, l'après-midi.

Le lecteur a pu se rendre compte par la courte description que j'ai faite du «moulin de discipline» de l'effet que ce supplice quotidien doit avoir sur l'organisme déjà affaibli des détenus. Les solides, les robustes résistent; les faibles succombent.

Un de moins! dit la justice...

Une victime de plus, répond l'humanité!

La justice anglaise est certes une belle institution... Je dirai même que notre code, qui n'est point tout à fait up to date, protège assez le criminel, et s'efforce d'éviter les condamnations injustes... On peut aussi affirmer qu'en Angleterre, lorsqu'un homme est condamné, il l'est presque toujours justement.

Ce qu'il y a d'horrible, dans nos institutions, c'est la répression.

Les juges condamnent un homme au «hard labour» pour vol et à la pendaison pour crime. Or, cette dernière peine est la plupart du temps moins cruelle que la première... et il vaut souvent mieux être pendu que de tourner la roue pendant cinq ans...

A l'heure où j'écris ces lignes, dans ma villa d'été de Ramsgate, face à la mer, devant un joli bureau d'acajou, je me demande si c'est bien moi, Edgar Pipe, qui suis encore là, et si je ne suis pas la réincarnation du malheureux détenu qui «pédalait» à Reading, matin et soir, en compagnie de deux cents autres camarades, sous l'œil placide du surveillant Ruggle...

Oh! ce Ruggle!... je le revois encore et je ne puis songer à lui sans un mouvement de colère. C'était un être impitoyable qui n'avait jamais dû s'émouvoir de sa vie.