Je demandai à Crafty comment il s'y était pris pour ouvrir la trappe, et il me donna aussitôt le moyen de soulever la mienne, mais soit que le système de fermeture ne fût pas le même dans les deux cellules, soit que je ne susse point m'y prendre, je n'arrivai pas à faire jouer la ferrure qui supportait l'énorme bloc de chêne...
Je passai une nuit épouvantable et je me relevai même plusieurs fois pour me livrer à de nouveaux essais qui ne donnèrent aucun résultat.
Pour la première fois, depuis que j'étais à Reading, j'attendis avec une impatience folle le coup de cloche qui annonçait le Tread-Mill.
Enfin, il retentit et nos boxes s'ouvrirent.
Au lieu de m'installer sur la sellette de fer, comme je le faisais chaque jour, je me glissai entre la muraille et la roue et parvins, en m'aplatissant, comme un chat qui passe sous une porte, à atteindre l'endroit où Crafty avait caché mes bottines. Je les saisis d'une main prompte, et les glissai entre ma chemise et ma peau, puis je m'apprêtai à regagner ma place, mais à ce moment, le surveillant lançait son terrible: Take care, forwards!
La roue allait se mettre en mouvement!
J'eus l'idée de crier, d'appeler à l'aide, mais je compris que tout était inutile. Déjà l'énorme treuil démarrait en grinçant, actionné par les pieds des détenus.
Aujourd'hui encore, quand je songe à cette minute terrible, affolante, je me demande comment j'arrivai, sans me faire broyer, à atteindre l'extrémité inférieure de ma sellette, à m'y hisser et à reprendre avec les autres condamnés «la cadence du Moulin». Cela est pour moi une énigme. Tout ce que je me rappelle, c'est que, quand le supplice eut pris fin, j'avais les mains et les genoux en sang.
Mais, à ce moment, j'étais insensible à tout... j'eusse été écorché vif que je ne m'en serais même pas aperçu... Je n'avais qu'un désir: retrouver mon diamant, le prendre dans ma main, le contempler longuement à la lumière diffuse qui passait par mon vasistas.