On n'aime guère les «faces ténébreuses», et souvent, au lieu d'attirer la pitié, elles n'inspirent à certaines gens que du dédain et parfois de la haine.

Depuis que j'étais en possession de mon diamant, je vivais une vie nouvelle faite de résignation et d'espoir... d'espoir surtout!

Les beaux projets que j'avais naguère abandonnés, je les reprenais l'un après l'autre et je me remettais à penser à Edith... Oui, à mesure que mon sang recommençait à bouillonner, je songeais à l'amour que je croyais avoir enterré définitivement, le jour où j'avais franchi le seuil de la geôle de Reading.

Edith, à présent, occupait avec le diamant toutes mes pensées, et je ne désespérais pas de la reconquérir.

Maintenant, je pourrais tout lui dire, lui révéler mes fautes passées.

D'abord, elle me repousserait, cela était à peu près certain; cependant, quand je ferais miroiter à ses yeux (non pas mon diamant, car les femmes sont trop bavardes), mais la radieuse existence que je pouvais lui offrir, elle serait sans doute désarmée.

Son rigorisme ne tiendrait point devant des millions.

Ce qui d'ailleurs m'incitait à supposer que je ne lui faisais pas tout à fait horreur c'est que, lors de mon procès, où elle avait été, bien entendu, citée comme témoin, elle ne m'avait point chargé... Je me rappelle même qu'à une question d'un des juges qui lui demandait ce qu'elle pensait de moi, elle avait répondu: «M. Edgar Pipe est peut-être un malhonnête homme, mais je suis obligée de reconnaître qu'il a un cœur d'or.»

Or, une femme qui trouve que l'on a un cœur d'or, ne peut vous tenir rigueur de quelques peccadilles.

Cependant, le temps avait marché depuis que j'avais quitté Edith... Elle avait certainement rencontré un nouveau protecteur, car elle détestait la solitude, et elle devait avoir oublié déjà le malheureux Edgar Pipe.