Je le glissai dans mon traversin et logeai mes bottines dans ma paillasse.
Au coup de cloche annonçant le Tread-Mill, j'étais le premier installé sur ma sellette et... je pédalai ce jour-là avec une ardeur juvénile... J'aurais, je crois, pédalé toute la journée sans éprouver la moindre fatigue.
Tant il est vrai que le moral commande en maître au physique, et que les défaillances du corps proviennent presque toujours d'une mauvaise disposition d'esprit.
Une subite transformation s'était opérée en moi: j'avais rajeuni de dix ans!
Il faut croire que la joie que j'avais au cœur se reflétait sur mon visage, car le gardien Jimb qui m'apportait, chaque jour, ma cruche d'eau, s'écria dès qu'il ouvrit la porte:
—Peste! trente-trois, vous avez l'air joliment heureux aujourd'hui, est-ce que votre libération serait proche?
—Hélas! non, répondis-je... j'ai encore, je crois, plus d'un millier de jours à tirer... mais j'ai reconnu qu'il était stupide de se faire du mauvais sang...
—Bien sûr... bien sûr... murmura le gardien, en jetant autour de lui un coup d'œil méfiant... Il y a des détenus ici qui se minent et ils ont bien tort... aussi, ils tombent malades et finissent par se laisser «glisser»... Encore deux, ce matin, qui sont allés dormir sous la pelouse de Green-Park... C'est effrayant ce que ça se dégarnit ici... Bientôt, il n'y aura plus assez de monde pour faire marcher le Tread-Mill.
Et le gardien sortit en chantonnant.
C'était la première fois que cet homme m'adressait la parole, et j'en conclus que s'il ne me parlait jamais, c'était à cause de mon air maussade et triste.