—Mais, soyez tranquille... je ne vous abandonnerai pas. Ecoutez moi, je vous en prie, et vous allez voir que je ne veux que votre bien... Je suis, pour des motifs que vous comprendrez plus tard, forcé de m'expatrier... Vous, de votre côté, vous ne pouvez demeurer à Londres... Il n'y a qu'un endroit où vous puissiez être en sûreté... et cet endroit, c'est Paris, car Manzana a de sérieuses raisons pour ne pas retourner dans cette ville... Or, vous allez, dès demain, partir pour la France... et vous prendrez une chambre dans notre ancien quartier... Dans un mois, ou plutôt non, un mois et demi, vous irez tous les jours à la poste restante de la place des Abbesses... vous y trouverez bientôt une lettre à votre adresse... Je vous apprendrai où je suis, vous me répondrez, et quand je le pourrai, ou je vous dirai de venir me rejoindre, ou c'est moi qui viendrai... De temps à autre, je vous enverrai quelque argent... Je compte cependant que vous redeviendrez une honnête femme... comme moi je tâcherai de redevenir un honnête homme... Il y a entre nous un fossé de boue... il faut laisser au soleil le temps de le dessécher peu à peu... Lorsque nous nous retrouverons, le passé sera oublié, et nous vivrons heureux... Peut-être reviendrons-nous en Angleterre, car c'est notre pays à tous deux et si misérable, si criminel qu'on ait été, on n'oublie jamais son pays...

Edith leva vers moi ses grands yeux que l'espoir rendait plus brillants et balbutia ce simple mot:

—Merci!

IX

CE QUI DEVAIT ARRIVER

Le lendemain, je conduisis Edith à la station de Waterloo, pris son billet, lui remis cinquante livres et ne quittai la gare que lorsque j'eus vu le train disparaître. Nos adieux furent touchants et je puis dire que de part et d'autre les paroles que nous échangeâmes étaient sincères.

Il ne me restait plus qu'à regagner le Humbug. Le capitaine ne m'attendait qu'à la fin de l'après-midi, mais je jugeai plus prudent de monter à bord avant l'heure fixée, car une fois sur le bâtiment, je n'aurais plus à redouter les mauvaises rencontres.

C'est souvent—j'en ai fait la constatation—à l'heure où l'on se croit à l'abri de tout danger qu'une tuile vous tombe sur la tête et j'en avais reçu trop, depuis quelque temps, pour ne pas chercher à protéger ma triste personne.

Le capitaine Wright me reçut avec cordialité...