—Il ne tient qu'à nous d'arranger cette affaire-là... Si Pipe a eu des torts, nous en avons eu aussi... Quand cette maudite question d'argent est en jeu, cela fait toujours du vilain... Donc, écoutez bien ce que je vais vous dire... vous verrez que je parle en homme raisonnable... Si je ne sais pas très bien m'exprimer, je sais voir juste... et de loin... Or, en continuant à nous jeter à la tête des paquets d'ordures, nous agissons tout simplement comme des serins... Nous faisons le jeu de la police, voilà tout... Ne croyez-vous pas qu'il serait préférable de s'entendre?

Il se tut pour nous permettre sans doute de donner notre avis, mais comme nous demeurions silencieux, il reprit, d'un ton conciliant:

—Moi, vous savez, c'est mon avis que je vous donne... et si je le donne, c'est parce que je le crois bon... Suivez-moi bien... Si vous ne m'approuvez pas, vous me le direz. Il ne tient qu'à nous de sortir d'ici, mais pour cela, il s'agit de s'entendre... Ne croyez pas que j'aie peur... non, pas du tout, car les accusations qu'Edgar Pipe veut lancer contre nous ne reposent sur rien de sérieux... Ce sont des inventions de femme hystérique et rien de plus... Néanmoins, aux yeux des magistrats qui voient partout des coupables, les choses peuvent traîner en longueur et, jusqu'à ce que notre innocence soit démontrée, on nous gardera en prison... Ne vaudrait-il pas mieux faire la paix? Nous renoncerions, Manzana et moi, à accuser Edgar Pipe, et lui, de son côté, ne tenterait rien contre nous. Nous dirions que nous l'avions attaqué parce que nous croyions le reconnaître, mais que nous avons été trompés par une ressemblance... Ce sont des choses qui arrivent tous les jours, cela... Pipe, et c'est son intérêt, dira qu'il ne nous reconnaît pas, et l'affaire sera terminée... Voyez, je suis bon garçon... je ne demande qu'à arranger les choses...

XI

COMMENT ON SÈME LES GÊNEURS

Je n'étais pas dupe du «bon garçonnisme» de Bill Sharper et je savais très bien que le drôle ne pensait pas un mot de ce qu'il disait, mais comme ce qu'il nous proposait servait mes intérêts aussi bien que les siens, je déclarai me rallier à sa proposition. Quant à Manzana, fourbe comme toujours, il se fit tirer l'oreille, prétendit qu'il n'avait pas très bien compris, mais finit par accepter. Alors, nous dressâmes nos batteries et préparâmes les réponses que nous ferions au chief-inspector.

Les choses se passèrent comme nous l'espérions. Manzana et Bill Sharper avouèrent s'être trompés et m'avoir attaqué à tort, et moi, de mon côté, je retirai ma plainte. Le chief-inspector, après nous avoir adressé un petit speech aigre-doux, nous fit remettre en liberté.

Dès que nous nous retrouvâmes tous trois dans la rue, Bill Sharper et Manzana, au lieu de me quitter, m'emboîtèrent le pas avec insistance, sous prétexte que de bons camarades comme nous ne devaient plus se séparer.

Je devinai immédiatement quel était leur but. Les misérables voulaient m'entraîner dans quelque bouge et là renouveler sur moi la tentative qui avait échoué la veille.