—Mais, objecta Allan Dickson, qu'avez-vous à craindre des gens dont vous parlez?... Vous avez payé votre dette, la justice n'a rien à vous reprocher...
—C'est vrai, mais supposez que demain, je trouve une situation honorable, ces misérables ne manqueront pas de faire savoir à celui qui aura consenti à m'employer que je suis un ancien pensionnaire de Reading...
—Vous n'ignorez pas que la loi punit les calomniateurs...
—Oh... si peu!... et puis ceux qui emploient de pareils moyens demeurent, la plupart du temps, introuvables... n'empêche que leur coup a porté... Un beau matin, on est congédié, sans motif, et on doit se mettre à la recherche d'un nouvel emploi... Pendant ce temps, on tombe souvent dans la misère et on en arrive à perdre tout courage...
—Mon cher Pipe, me dit Allan Dickson, vous m'avez l'air, en ce moment, de voir tout en noir... Il faut vous remonter, by God!
—Hélas! je le voudrais, mais la fatalité me poursuit...
—N'employez donc pas de ces grands mots-là... Est-ce que ça existe, la fatalité?... Allons, au revoir... tâchez de persévérer dans vos bonnes intentions et si quelqu'un cherche à vous nuire, venez me trouver... j'aurai vite fait de vous débarrasser de ce gêneur...
—Merci... il se pourrait que j'eusse besoin de vous avant peu...
—Tout à votre disposition, mon cher Pipe, vous savez où je demeure?... Non?... tenez, voici ma carte... Je suis toujours chez moi le matin, de dix heures à midi... Allons, good bye!... et bon courage!
Et le détective, tournant les talons, disparut dans une des salles d'attente de la gare.