—Vous voulez des explications, dit Manzana... eh bien! nous allons vous en donner, canaille... traître! mouchard!... Oui, nous sommes fixés sur votre compte... vous êtes un «indicateur»... vous renseignez les détectives... on vous a vu faire vos confidences à Mr Allan Dickson... mais je vous préviens que vous êtes «filé»... que vous aurez continuellement quelqu'un à vos trousses et—retenez bien ceci—si vous avez le malheur de revoir Allan Dickson... eh bien... nous vous saignerons comme un poulet... vous entendez... comme un poulet...
—Parfaitement, grinça Bill Sharper en tirant à demi de sa poche un énorme couteau à cran d'arrêt...
Je consultai l'horloge de la gare... Il était exactement six heures vingt-neuf, le train de Southampton partait dans une minute et quelques retardataires piquaient, dans la direction du quai d'embarquement un pas de gymnastique effréné.
—Au revoir, messieurs, m'écriai-je subitement.
Et plantant là mes deux ennemis, je pris ma course vers le train... Manzana et Sharper se lancèrent à ma poursuite, mais quand ils arrivèrent à l'entrée du quai, la grille se referma brusquement. Pendant qu'ils couraient à la porte de la salle des bagages, le train se mit en marche et j'aperçus de loin Manzana qui me montrait le poing.
XII
«LE SEA-GULL»
J'avais «semé» mes ennemis, mais je n'étais pas encore sauvé. Les drôles étaient bien capables de me signaler à la police et de me faire arrêter, au débarcadère de Southampton. Il leur suffisait d'aller trouver le chef de gare, de lui raconter une histoire quelconque et la farce était jouée. On me ramènerait à Londres et c'était tout ce que désiraient les affreux chenapans qui avaient juré d'avoir ma peau.
Je résolus donc de descendre en cours de route.