—Oui, les marins d'occasion... ceux qui apprennent la navigation dans les écoles... mais les vieux routiers comme moi doublent toujours le Cap...
—Le fait est, approuvai-je, que par le Cap...
—C'est bon... montrez-moi un peu vos papiers...
—Mes papiers?... Je vais vous dire... hier soir, je les avais encore, mais ce matin, en me réveillant...
—Oui, je vois... vous vous êtes saoulé hier comme un Ecossais et vous vous êtes fait dévaliser... Ah! bougre d'ivrogne, vous vous en êtes envoyé des verres de gin et de whisky, hein? Combien?
—Je ne sais... une vingtaine, peut-être.
—Une vingtaine!... seulement... et c'est ça qui vous a tourné la tête... Ah! ah! ah! les voilà bien les marins d'aujourd'hui, ça se saoule avec vingt petits verres!... De mon temps, mon garçon, il fallait deux pintes de schnick pour nous coucher par terre... oui, deux pintes et il y en avait même qui allaient jusqu'à trois... Décidément, il n'y a plus d'hommes aujourd'hui... Enfin, ça n'est pas tout ça... vous n'avez pas de papiers... pas même un simple certificat... Sur un navire de commerce, on vous ferait arrêter, mais moi, je m'en moque... Ce ne sont pas les papiers qui font les bons marins. Si je vous ai demandé les vôtres, c'était pour la forme... Ici, à mon bord, personne n'a de papiers... Je ne sais même pas le nom de mes hommes... Ils se présentent, je les accepte, et les baptise aussitôt... Passons aux conditions. Nous allons aux Indes... c'est vingt-cinq livres pour la traversée... autant pour le retour... ça vous va?
—Oui, capitaine.
—Bon... maintenant, on ne descend pas à terre aux escales...
—Cela m'est égal.