Cette dernière confidence, qui était au moins imprudente, valut à Mme Pickmann, de la part de son mari, un coup d'œil irrité, mais la bavarde, très allumée par le whisky, n'en continua pas moins à étaler devant moi les petites misères de sa vie d'antan.
—A quoi bon se gêner devant Colombo, dit-elle, n'est-il pas notre ami? D'ailleurs nous n'avons pas à nous en cacher, nous n'avons pas toujours été riches... Avant de devenir millionnaires, nous avons joliment tiré le diable par la queue...
—Vous avez probablement fait un héritage? interrogeai-je, tout en battant les cartes...
—Oui... répondit M. Pickmann... oui, nous avons eu la chance de faire un héritage... Une vieille tante que nous voyions rarement nous a laissé sa fortune...
—Et une jolie fortune, allez, s'écria Mme Pickmann... c'est à n'y pas croire...
—Tous mes compliments, dis-je... Il y a bien des gens qui voudraient être à votre place... mais comment se fait-il qu'au lieu de manger cette belle fortune à Londres, vous alliez vous fixer à l'étranger?...
Cette question parut embarrasser beaucoup Mme Pickmann, aussi laissa-t-elle son mari répondre.
—Vous comprenez, dit Pickmann qui ne manquait pas d'esprit d'à-propos, à Londres, beaucoup de gens nous ont connus pauvres... Il nous serait bien difficile, du jour au lendemain, de faire figure dans la haute société... tandis qu'à l'étranger...
—Oui... vous avez raison... mais cela ne vous ennuie pas un peu de quitter l'Angleterre?
—Certes. Mais nous y reviendrons dans quelques années...